Tuesday, March 01, 2005

Soulier N°19

Je suis assis sur un vieux siège bancal à la vigie du soulier numéro 19, 129éme wagon du train de 12h30 qui relie Zouerate à Nouadhibou. Un des trois trains quotidiens.
Zouerate une citée minière perdue en plein désert, une île. Nouadhibou un port, souvent l’avant dernière étape pour des hommes qui regardent le nord comme on aspire à une dernière chance.
Le vent frais souffle d’un hublot à un autre. La lumière est blanche dans ce désert de sable et le soleil au zénith est éblouissant. Devant moi, 16 000 tonnes de minerais de fer marient une poussière rouge au sable blanc soulevé par les 450 essieux des wagonnets. Tous siestent après la prière et le thé, je suis seul.

A l’aller, 210 wagons, plus de deux kilomètres de long, le plus long, le pari insensé d’hommes fous et audacieux… Tout ici est gigantesque, démesuré et simplement beau. Des dunes, aux camions, des montagnes de fer à l’accueil qui m’y est fait, quelques merveilles réunies de cette aventure qui dure.

Qu’il est loin le souvenir même récent du confort des trains français. A chaque accélération ou ralentissement, le convois subie une onde de choc incroyable qui peut si vous n’être pas correctement cramponné vous propulser à plusieurs mètres dans le wagon. Les roues crissent, ce long ruban tangue et roule au gré des imperfections et des méandres des deux brins d’aciers qui le supporte.

La vigie surplombe l’ensemble du train et est située sur un petit wagon de la taille d’un conteneur qui offre un confort tout relatif aux personnes de la société minière quand ils doivent se rendre du port à la mine. Comme à la passerelle d’un navire, on voit à des kilomètres à la ronde les massifs noirs isolés, filon de minerais de fer ou d’or, objets de toutes les convoitises et attentions prospectives. Sept cent kilomètres de voies, 20 heures de voyages et pour seule animation quelques bribes de conversations VHF inaudibles entre les conducteurs et les employés qui vivent sur quelques bases de vie réparties tous les cent kilomètres de ce fil d’ariane.

Le convoi se meut à 40 kilomètres par heures mais à de nombreux endroits est contraint au ralentissement pour cause de travaux, de dunes mouvantes qui ont recouvert en quelques heures la voie ou bien de malade à évacuer vers l’hôpital le plus proche !
Ou quand la notion de proximité s’est apparentée avec celle du temps suspendu…

Nous venons de passer une base de vie, kilomètre 569. Quelques palmiers sous perfusion des wagons d’eau amenés une fois par mois de la source qui se trouvent à des centaines de kilomètres. Quelques maisons basses, fouettées par les vents. Toutes ceux qui y vivent sont de près ou de loin des employés de la société minière, salariés ou appelés pudiquement journaliers, en charge de la sécurité du train. Celui-ci ne s’arrêtent pas mais continue un peu plus doucement sa route et tous s’affèrent à observer si un essieux n’est pas bloqué, et si les sabots d’accrochage tiennent le coup sous les chocs qu’ils endurent, si un patin de frein n’est pas rester en contact avec une roue. L’inertie et la taille démesurée de ce train ne permettent pas au pilote de se rendre compte d’une telle panne. Pas de problème mécanique nous continuons. Un petit paquet est furtivement jeté par la fenêtre, du courrier.

A la sortie de la base est garé un petit train de couleur, une micheline et deux wagons qui baladent dans ces immensités quelques touristes venus chercher quelque chose de différent, de pas pareil !

J’aime cet espace de temps qui à l’instar de ce que l’on peut ressentir en bateaux, vous isole de toute vie extérieure. Nous sommes en milieu de journée et l’arrivée est pour demain, et elle sera quand elle sera au gré des pannes, des imprévus, de ce que la nature a aussi décidé. Seul mon ordinateur portable sera dans quelques heures une source de divertissements quand la nuit sera venue, que les quelques passagers et convoyeurs se seront endormis.

Au loin, j’aperçois quelques tentes blanches de nomades. Ils doivent être les bergers de quelques ânes, moutons et dromadaires qui paissent ce que les criquets ont bien voulu laisser de leur festin des mois passés. Là, prend plus qu’ailleurs la vraie signification de peuple couché, image attribuée à un anthropologue du début du siècle pour qualifier sa vision des peuples nomades qui habitent le désert. Comment pourrait il en être autrement par ses chaleurs et ses vents qui balayent la région.

Tout au long du train, des passagers clandestins qui voyagent assis sur le minerai dans des conditions invraisemblables fument des cigarettes, se préparent le thé et trient les quelques marchandises qu’ils vendront une fois arrivés.

Quelques heures ont passé. Hasard ou coïncidence, ce soir c’est la pleine lune et ce travelling n’en sera que plus long…

Fin du 16ème mois de ce beau voyage en Mauritanie.

Merci à Gilou et JC pour ce qu’il m’ont donné ici et m’avoir aussi permis de mettre tout cela en musique… et bonne chance à Jean Marc et Ludovic pour la suite de leur voyage vers le sud.

Je vous embrasse
Avec toute mon amitié
Vincent

Monday, December 13, 2004

Furtive de Nouakchott

Ce soir, la plage est déserte. Pas la moindre âme qui déambule le long de la plage de Nouakchott. Pas une seule de ses ombres élancées qui parcourent au loin inlassablement des kilomètres le long du littoral, pour qui, pour quoi ? J’y suis seul.
Le soleil tombe lentement dans un amas coloré de couches nuageuses de saison posées sur l’horizon.
Il y a déjà plus d’un an, j’arrivais en Mauritanie.
Vous aurez compris par mes silences littéraires que j’ai plus vu les murs de mon bureau ces derniers mois que les courbes minérales du désert ou les déferlantes de l’Atlantique qui viennent mourir sur les immenses plages de sable après un long voyage. Cette missive se limitera donc à quelques nouvelles de ma petite pomme et pour une fois ne sera pas une invitation au rêve, ou une fenêtre ouverte. En plus de quelques excuses pour un certain retard dans mes correspondances.
Je suis fatigué mais je vais bien. Cinq mois et ce sera la fin de ma mission ici. Et encore tellement de luttes…
J’aurai finalement avec toute l’équipe ici et à Paris réussi à introduire correctement la trithérapie en Mauritanie et faire sortir du sable un Centre de Traitement Ambulatoire qui assure une prise en charge globale des malades du Sida. Premier centre de ce type dans un pays musulman à influence arabe prédominante. Et si il est trop tard pour mon ami Francisco, les premières personnes qui courageusement s’y rendent en bravant les regards et les réactions stigmatisantes sont, comme vous pouvez l’imaginez, la seule récompense qui m’intéresse pour tout ce travail fourni.
Je ne serai pas totalement honnête si j’omettais également de préciser que l’inauguration de ce centre le 1er décembre par le Président de la Croix Rouge Française en est une également. Un grand, très grand Monsieur. Travailler pour des personnes que l’on admire constitue déjà pour moi l’un des fondements du plaisir à faire tout cela. Au rendez-vous du travail de son équipe, tout en naviguant dans les sphères du pouvoir et du protocole, sachant garder humanisme et humilité, certains, hélas trop rares, ont en eux les vertus qui devraient toutes baliser nos vie pour les rendre meilleures.
Renforcer désormais le dépistage, le secourisme et les bidons villes de Nouakchott seront pour les mois à venir les quelques cibles avant que je ne passe l’arc à un ou une autre.
Et aussi et surtout accueillir ceux qui s’annoncent ici et qui viennent enrichir notre univers de partage.
Je n’ai d’envie que celle de me souvenir des rencontres et des moments passés depuis plus de deux années de voyages. J’y entr’aperçois tant de manques, tant de choses à changer chez moi, tant de plaisirs encore à assouvir. L’importance de dessiner un quotidien serein aux milieux de mes rêves. Une porte ouverte à ceux qui le souhaitent. Mais il me faudra d’abord prévoir ce retour au camp de base, vous y retrouver, prendre du temps pour moi, pour vous. Etape ou escale que j’appréhende bien que j’y vois l’assurance réconfortante de votre présence.
La petite lucarne de TV5 m’offre déjà quelques travellings le long des grands boulevards enluminés qui me rappelle si besoin que nous sommes déjà à Noël. Alors permettez moi de vous souhaiter à toutes et tous de chaleureuses fêtes de Noël et de fin d’années. Vu du côté de ce monde, je ne m’aventurerai pas à souhaiter que quelque chose s’y améliore mais me limiterais au simple vœu de vous croiser sur ma route très bientôt.
Je pense à vous tous, en France, à Saigon ou ailleurs.
Je vous embrasse
Vincent

Wednesday, August 11, 2004

Histoire de pélerin

Il pleut sur Nouakchott.

Un rapide coup d’œil sur un atlas et je vous entends déjà me dire: quoi de très surprenant à cette période là de l’année, sous ces latitudes proche des tropiques, à une saison que l’on nomme quelque soit la langue locale usitée « la saison des pluies » ou plus joliment l’hivernage ? Certes, mes amis, la capitale de ce pays aride connaît en ce moment quelques précipitations éparses. Et si encore c’était l’intensité surprenante des orages ; à l’image de ceux qui m’ont tant fait aimé Saigon certains soirs sur les toits, ou bien chevauchant ma mobylette ou alors me baignant dans une piscine sous la lumière des éclairs. Il n’en est rien.
Il pleut même des dattes cette année en abondance, dans les oasis, à l’intérieur du pays - c’est la raison pour laquelle cette parenthèse estivale nommée aussi la Guettna, temps de la récolte des dattes, donne des airs de pèlerins aux broussards mauritaniens qui migrent sous les tentes installées entre deux dunes inondées de vents frais quand tombe la nuit.
Les vents de sable chaud venus de Libye ou du sud algérien déposent bien une fine couche de poussière d’or mais cela n’est seulement qu’un crachin d’un genre particulier.
Mais non. Ce n’est aujourd’hui ni l’une ni l’autre de ces intempéries.

Cette pluie là ne s’est pas annoncée. Quoi que… Ce matin là, un souffle d’air brûlant, irradiant presque la peau, sous un ciel d’une couleur sable éblouissante faisait prédire quelques broussards l’arrivée de ce qui fut jadis qualifiée de plaie dans l’Egypte antique.
Des nuages noirs dans un ciel blanc. Il ne manque qu’une symphonie de Bach ! Les criquets.
Telle une armée en rangs serrés, ces fantassins d’une bataille qui leur est inexorablement acquise progressent de branche en branche, d’arbre en arbre, de quartiers en quartiers, dans un bruits sourds et kafkaïen de pluie de feuilles, de branches qui tombent sous le poids des essaims, de mâchoires qui coupent et broient tout ce qui est vert et tendre.
Les questions alors s’enchaînent : quand vont ils partir, que va t’il rester d’une végétation déjà éparse….et mon jardin !! Moi qui avais visité quelques dizaines de maisons avant de porter mon choix sur celle-ci justement à cause des arbres et des plantes qui y poussent et procure une ombre, havre de fraîcheur par ces températures caniculaires ! Et toutes mes tentatives grotesques et risibles de les y empêcher auront été vaines !
Et bien il n’en reste presque plus rien. Quelques basses branches ont échappé à l’appétit dévastateur et aveugle de ces petites bêtes qualifiées – non sans ironie – de pèlerins. Mais c’est bien tout…
Que dire très vraisemblablement des cultures…

Et Dame nature encore plus surprenante a recouvert depuis la mer et les plages d’une couche de 10 à 20 centimètres de criquets morts, comme pris au piège d’un péché de gourmandise, prochaine et ultime étape du chemin de croix animalier, celle-ci fatale. Encore un mystère que cette fin étrange d’une partie de la colonie qui le ventre plein finit, là, sans explication. Aussi mystérieuse que la mort de dizaines de dauphins et tortues venus s’échouer le mois dernier sur cette même plage.

Ces deux jours d’invasion m’ont confirmé, avec un léger soupçon de traumatisme version Hitchcock, qu’il y avait encore bien des découvertes même macabres à vivre sur cette petite planète et bien des désastres dont je n’imaginais pas l’ampleur ; et que ma vie n’est encore que celle d’un jeune puceau qui commence à peine à éclore au gré de quelques voyages à aller glaner des bribes de ressenti et de vécu dans des pays et des situations teintés d’exotisme.

Autre sujet, autre fléau… j’ai depuis quelques mois pris, avec d’autres, le bâton de pèlerin – décidément ! - du traitement des malades du Sida en Mauritanie. Ce passage de la prévention au traitement m’a jeté à la face les réalités tragiques des malades, de cette maladie, d’un système de soins sidérant, de la lutte, de l’Afrique… Rencontre avec moi même, avec des hommes et des femmes, avec les visages admirablement souriants, forts et courageux de la maladie.

Mais de rencontres je ne retiendrais ici que trois merveilles que la vie m’a offertes comme un cadeau unique depuis quelques mois et dans lesquelles j’ai eu la chance de pouvoir puiser le meilleur du partage, de l’humanisme, de la camaraderie et je crois sincèrement de l’amitié. Trois mecs de grande classe, comme leur acharnement à faire ce qu’ils font, comme les projets dont ils sont animés et qui me font penser qu’à coté d’eux et de vous, bien des intempéries de toute nature peuvent encore passer, la vie se promet aussi d’être douce.

Salut Jean Jacques, bon alizé caribéen – que j’espère tant naviguer ensemble ! Tu me manques !
Bonne suite de voyage marocain à Tèje et bonnes vacances à Antonio, revenez moi vite !

Fin de mon 10ème mois à Nouakchott.

Je pense à vous.
Amitiés
Vincent

Monday, May 31, 2004

Brise de mer...

Il souffle sur Nouakchott un vent estival universel qui pousse les enfants hors des cours de récréation, les adultes sur les routes de leurs villégiatures de toile, le soleil à son zénith. Fidèles à ce qu’ils sont depuis la nuit d’un temps ancien, une partie des mauritaniens, broussard dans l’esprit, ses coutumes, sa vie tout simplement, va transhumer vers les oasis pour être prêt à temps pour la récolte des dattes. Le pas du matin se fait buissonnier, nonchalant.
Une frange du monde se prépare à mettre entre parenthèses un peu de son passé, quelques réalités constantes d’un futur proche pour vivre un présent délassant, en vacances d’une actualité meurtrie. A quoi bon remettre sur le devant de nos velléités quelque résolution, quelque objectif qui souvent égrainent, au fil des mois qui passent, leur lot de culpabilités sociales. L’été n’aurait il pas aussi été conçu pour être en vacances de nous même, à la marge de nos obligations ? Pour réaliser cet exercice d’équilibrisme de prendre du temps pour soi en s’intéressant aux autres ? Curiosité de la nature et du temps que ces mois soient également ceux des premières vendanges et des moissons, que les greniers de nos âmes se remplissent, tels les silos, de vigueur, de force, de positivisme. Enfilons donc nos panoplies de vagabonds…

Flânant chez un libraire continental fort bien achalandé, je croise sur une couverture le regard atemporel d’un homme qui me donna parmi les plus belles pages littéraires qu’il m’ait été donné de lire. Récits d’un homme aux exploits maritimes, né aux temps des colonies que je ne regrette, que par ce qu’elles marquaient les passeports – et surtout les existences - d’un « né à Saigon », Port aux Français, La Goulette ou Alger. Et je partage au fil des pages le récit de femmes et d’hommes narrant leur rencontre et leurs échanges parfois simplement épistolaires avec cet homme. Il n’y a de paradoxe entre le souvenir si vivant de Bernard Moitessier et son bateau qui n’a plus de sillage, car sa mémoire est active, créatrice, marquante et tranche telle l’étrave dans la vague bon nombre de mélancolies.
Savoir sans donner de leçons, connaître par l’essai, croire en une utopie parce qu’elle est juste. Ni guru, ni mentor, simple philosophe contemporain car il était aussi de ce monde, témoin parmi d’autres mais au récit singulièrement unique. Et d’une croyance en l’empirique, il baptisa son dernier bateau « Tamata » qui veut dire « essayer » en polynésien.

« Le chercheur de Vérité rencontre toujours un Maître sur son chemin. Il en reçoit l’enseignement et s’en va au bout d’un temps pour creuser dans la solitude, sûr d’atteindre la Vérité. Puis le doute arrive avec la fatigue et il cherche un nouveau Maître qui l’éclairera davantage. Ainsi de suite jusqu’au jour ou il comprend enfin que l’enseignement du Maître se limite à la pelle qui sert à creuser.
Car le Maître ne peut enseigner que sa propre technique pour fabriquer l’outil. C’est le chercheur de Vérité qui devra le faire, adapté à sa main qui est unique au monde. Certains auront besoin d’une pelle étroite et bien pointue. D’autres la voudront large et arrondie, un peu plate ou très creuse. Le manche aura toutes les formes possibles, court, long, mince, gros, en bois souple ou en bois raide, droit ou légèrement cintré vers le haut ou vers le bas. Cela dépend de chacun et nulle pelle ne sera tout à fait comme une autre.
Mais de toute manière, chacun est seul pour creuser. Et la forme de la pelle a bien moins d’importance que la Pensée, la sueur et la foi avec lesquelles chacun de nous fera son trou pour y chercher la Vérité. »
Bernard Moitessier – Tamata et l’Alliance.

Avant tout la certitude qu’il n’y a pas de modèle ni d’exemple à suivre, seulement des voies à découvrir soi même et à « faire découvrir aux autres », et cela, Bernard l’a fait mieux que quiquonque concluait un compagnon de vagabondage quelque part sur une mer.

Fin du 7éme mois à Nouakchott.

Et je ne pourrais conclure sans éclairer « le projet » de Bernard Moitessier qui avait cette clarté ultime de n’être pas un projet mais l’essence même d’une quête de soi porté au firmament de la Vérité, trouvée au gré de la communion d’une vie avec la mer et les hommes.

Je pense à vous.
Amitiés
Vincent

Tuesday, April 20, 2004

Sous le ciel de Chinguetti

Aucun des interstices de la porte et des volets en bois de ma chambre ne laisse traverser la lumière et pour cause puisque seules les étoiles brillent et scintillent dans le ciel de Chinguetti ce matin.
La lune décroît, jour après jour, et flâne chaque matin dans le ciel, comme si ces brèves rencontres matinales avec le soleil laissaient place à quelques échanges langoureux entre ces deux astres. Partage d’un espace, de l’espace et du temps.
Seuls les chants religieux des Imams appelant les fidèles à la prière ont interrompu mon sommeil. Je m’y suis désormais habitué et j’aime ces intermittences du somme. Je rassemble mes affaires et referme la porte bleue de ce havre située sur les remparts de l’auberge des caravanes, offrant une vue lointaine et dégagée sur la mer de sable et sur l’oued entre la vieille ville et les nouveaux quartiers.
Chinguetti est un petit village aux maisons basses, aux portes du désert, dont l’absence de raccordement au réseau électrique lui apporte la richesse sereine d’un vrai silence et offre généreusement à ses visiteurs et ses habitants la perception rare de la pureté des sons. J’aime à imaginer ce qu’était cette cité située sur le long chemin des pèlerinages à la Mecque et qui, comme tout carrefour des routes religieuses et commerciales, a figé l’espace d’un temps perdu la richesse, la connaissance, la mixité et l’échange.
Déjà se pressent, à la faveur d’une température clémente, charrettes, ânes et dromadaires guidés par des hommes aux boubous bleus ou blancs flottant au vent, qui à cette heure esquissent les ombres d’un jour naissant. Quelques coqs anticipent les premiers rayons du soleil pour réveiller les âmes endormies, les ânes hennissent, les chèvres bêlent.

Arbi est déjà levé ce matin. Il a plié son paquetage, fait sa prière.
Sidi, lui, jeune homme fait de bonté et de calme, apparaît la tête enturbannée. Image d’un homme tel que j’imagine ceux qui de tout temps arpentent le désert, du sable, de la torpeur, de l’eau rare, du thé, des caravanes. Quelques poignées de mains chaleureuses et encourageantes, il nous remet un paquet de sucre blanc, un sachet de menthe fraîche.
Après une courte prière à demi voix, Arbi démarre et nous prenons ce matin la route de Nouakchott. Fin de quelques jours de repos, parcourus d’instants de fraîcheur dans des oasis à croquer des carottes à la saveur subtile, à jouer au jeu local de dames, à visiter l’Histoire de l’homme, peinte il y a des milliers d’années sur des rochers au milieu de nul part, à boire le thé, des heures durant, et parler de tout et de rien, à visiter quelques bibliothèques privées gardant tant bien que mal les trésors des écrits anciens des époques glorieuses de l’Islam.
Après quelques kilomètres vers l’ouest d’une piste récemment damée, je ne regarde plus que dans mon rétroviseur pour voir le ciel nous offrir ses plus beaux auspices et chaque rocher se teinter de couleurs magiques sur la palette d’un peintre fou.
Tout deux, nous avons déjà en tête depuis quelques jours de ne pas descendre par la route goudronnée construite il y a quelques années mais de tenter d’emprunter l’ancienne voie qui conduisit des générations de caravanes et les premières automobiles d’Atar à Chinguetti et dont le nom raisonne en moi depuis les premiers rallyes qui franchirent ces hauts plateaux quand j’étais enfant.
L’exercice n’est pas simple car cette piste n’est plus entretenue et nous pouvons être amenés à rebrousser chemin s’il est obstrué par des pierres. Arbi semble confiant depuis que le gardien solitaire et sage des peintures rupestres que nous avons visité non loin lui a affirmé avoir vu deux véhicules la franchir quelques jours auparavant. Il ne ment pas. Il est pieux.
L’ouverture de cette parenthèse inouïe qui suspend le temps débute dans les décors cinématographiques de Fort Saganne, aujourd’hui en ruine mais hier…
La voiture franchie lentement et parfois chaotiquement les rochers et entame une longue descente dans un canyon escarpé, dont l ‘étroitesse laisse place au détour d’un virage à une plaine fleuretant avec l’horizon des cols, des falaises. Par les vitres ouvertes, pénètrent les bruits parfois inquiétants des pneus se déformant sous la contrainte des pierres anguleuses, et des chocs entre quelques rochers plus affleurant avec les bas de caisse de la voiture. Il nous faut vérifier parfois que l’étroitesse du chemin nous permet bien de franchir ces obstacles.
Dans le froid du matin, défilent lentement le travelling d’un décor sans égal. L’âme des nomades, le courage des bâtisseurs, la fougue sportive des pilotes rivalisent de pouvoirs suggestifs.
Une fois libérée du joug de ces falaises et de la lenteur imposée à notre convoi, nous croisons quelques bergers comme échoués là mais sûrement pas sans raison.
Peu de mots sont échangés et Arbi m’impose le sentiment que ce spectacle est aussi pour lui un émerveillement bien qu’il l’est déjà franchi si souvent de part le passé. Nous nous arrêtons, une fois les difficultés désormais derrière, pour boire le thé à l’abri de rochers, refuges rares et providentiels.
Arbi ne peux s’empêcher de sourire lorsque nous nous apercevons qu’il y a, à nos pieds, les traces d’une présence humaine… celle de l’époque ou les haches de pierre s’aiguisaient sur les rochers ! Des bi-faces, les stigmates d’une présence ancienne.
Trois verres de thé sont bus, patiemment fruits d’un cérémonial de préparation méthodique. Je n’ai pas encore percé le mystère de la signification exacte de cette tradition presque rituelle. Le premier verre serait amer comme la vie, le second doux comme l’amour, le troisième suave comme la mort. La multitude de versions différentes que les mauritaniens m’ont rapportée, ne serait-ce pas là l’expression de l’exercice de synthèse simple et pourtant si souvent vain que nous recherchons tous ?
Nous ne pouvons hélas pas nous attarder dans ce dédale de cirques, de plaines, de falaises car la route est encore longue et quittons en silence ce sanctuaire qui faute d’entretien sera amené à disparaître, faute d’être praticable.
Le souvenir de la passe d’Amogjâr lui restera.

J’engrange humblement ces lumières, ces espaces, ces silences, ces partages pour tenter que les départs soient moins déchirants, les séparations guérissables, les choix pensés, l’éloignement supportable, l’isolement créatif.

Fin du sixième mois en Mauritanie


Je pense à vous

Et pour poursuivre la série d’éclairages des projets qui me nourrissent d’admiration tant ils sont l’expression d’une passion qui va si bien à ceux qui la vivent je vous recommande sans modération de passer par la galerie de Xavier, rue des St pères, au numéro 16, cour intérieure. Autre havre sans aucun doute.

Vincent

Tuesday, March 09, 2004

un petit bout de moi...

Vous allez vous dire, sans doute, que je commence à prendre cet espace de parole et votre temps de lecture pour une psychothérapie autodirigée. C’est sûrement vrai, en partie au moins. Mais une fois n’est pas coutume. Dans cette ville et dans ce pays ou l’on nourrit contraint et forcé sa vie intérieure faute de pouvoir structurer une vie sociale au moins normale à défaut d’être satisfaisante, il me va assez bien de laisser aller parfois l’écrit au gré de mes frustrations et de mes plaisirs afin de trouver ici un espace finalement de conversation par l’espoir de vos réponses, toujours si plaisantes. Serait-ce aussi une conversation avec moi même ?

Ici se cristallisent plus qu’ailleurs peut être les manques. Mais l’effort à passer au delà n’est pas vain pour un peu que j’y mette les moyens. Xuan, Manu, Xavier, Sandrine, Patrice, Tania m’ont contraint, dans mes retranchements, à me reposer la question du pourquoi. Pourquoi être loin, pourquoi continuer, pourquoi cette attrait pour cette intermittence de vie, pourquoi ces écrits et pour qui, pour vivre quoi, pour quelle liberté, pour quoi faire… ?

Je ne sais pas, je ne sais plus si ces questions appellent à cet instant forcément une réponse. Non, je ne m’enfonce pas dans la solitude et finalement bien au contraire… ! Mais n’y a t’il pas besoin de nourrir cette infinie et si belle solitude qu’est l’espace ultime du moi, recouverte souvent d’une pudeur légitime et parfois à tord de culpabilité. Le sceau inviolable d’un jardin des secrets. Aux frontières ou seul notre image consciente nous regarde, accompagnée des esprits, des choses, des éléments du passé auxquels nous voulons bien accorder une place dans cette discussion avec soi.

Alors qu’est franchie une nouvelle année, je découvre que finalement ce coté du prisme de l’individu est d’une richesse sans fin pourvu qu’il soit nourri. Bien sur, il l’est par essence, aussi et toujours, dans le partage social, dans l’amitié, dans sa famille, dans l’amour, dans la lutte contre soi aussi. Est ce suffisant ? Peut être mais peut être pas. Ou se trouve in fine le siège d’une dynamique de projet, le conscient d’une action, la satisfaction ultime de n’être jamais seul, l’émotion suscité par un livre ou par un film, par un visage souriant ou bien triste ? Dans la conscience joyeuse d’exister plus que dans l’existence elle même. Conscience, qui comme je la lisais chez Osman Dan Fodio, est une plaie ouverte, seule la vérité peut la guérir.

Le temps passe vite, si vite écrasé par le travail. La saison des vents de sable a débuté. Le ciel et la terre sont en fusion monocolore. Nouakchott se réveille parfois sous une couche d’une neige qui ne fondra pas. Les pécheurs restent à terre. Le soleil se voile et invite pour une fois à le regarder sans peur, la lune a emprunté sa couleur à la palette d’un peintre talentueux.

Fin du Quatrième mois en Mauritanie.

Je ne puis résister ce mois-ci à vous orienter sur le projet de Philippe, aux tours du monde, autour du monde à qui je pense souvent et qui fut aussi à la source… 
www.renault.com (rubrique un tour du monde en Renault Scénic)

Je pense à vous

Je vous embrasse
Vincent

Wednesday, February 11, 2004

Un verre de thé ?

A toutes et tous,

Ce mois ci j’avais envie de vous parler du projet. Non, pas celui sur lequel je travaille mais de ce qui, finalement, doit naître un peu en chacun de nous pour souffler un vent de volonté dans les voiles de nos actions.

Lors d’une vacation radio récente entre deux navigateurs qui font le tour de la terre dans un sens opposé et sur des embarcations radicalement différentes, chacun affirmait ne vouloir pour rien au monde être à la place de l’autre, susceptible d’endurer de pires conditions de vents et de mer. Après un certain silence, l’un d’entre eux presque honteux de lancer un truisme sur des ondes précieuses, concluait «qu ‘être en phase avec son projet, c’est sans doute cela la définition du bonheur».

Et là je me suis mis à penser à chacun d’entre vous, à vous imaginer dans vos projets respectifs et bien réels, de mariage, de naissance, d’achat de maison, de voyage au Vietnam, de peinture, de création d’entreprise, d’examens, de tour du monde, d’anneau aortique, de site Internet, de romans, de scénarii, de changement de vie; et pourquoi pas ? Et combien d’autres encore ?

Chacune de ces initiatives porte en elle un pas supplémentaire vers une certaine connaissance de nous même et d’autrui. Elles alimentent inexorablement l’envie que nous avons de nous suivre les uns les autres dans ces expériences et de se sentir plus riches car mieux armés de la capitalisation de toutes ces tranches de vie. Chacun de ses projets porte en lui l’admiration et le partage.

Et j’ai bien peu modestement la douce impression que peu importe le lieu ou pour ma part je plante le campement de mon projet, vous y êtes de toutes et tous de passage, comme « des moments les plus intenses ».

« Pendant les heures chaudes de la journée, alors que la brume à l’horizon semble se confondre avec les songes, la vie au campement est ralentie. Les jeux, les discussions et le thé occupent une grande place entre les instants de sommeil, les repas et les prières. Les jeux variés et souvent complexes, exécutés à même le sable avec des bâtonnets et des crottes de chameau, ont sans doute été conçus pour répondre à l’ennui, quand la chaleur impose une certaine inactivité. Les moments les plus intenses interviennent lorsque le campement reçoit une visite. L’étranger est accueilli par des salutations rituelles et se voit offrir une calebasse de lait coupé avec de l’eau et du sucre pour le rafraîchir, le zrig, puis les trois verres de thé. La règle tacite permettra au visiteur de rester au campement pendant trois jours, « jusqu’à ce que le sel de l’hospitalité soit sorti de son ventre ». Cette hospitalité présente dans le désert un caractère vital car elles permet aux hommes et aux femmes de partager aussi des informations sur le temps, les pâturages ou les mouvements de campements. Avec le soir, les chamelles retournent vers les tentes et l’on boit du lait en savourant la douceur de l’air. La nuit tombe, envahie peu à peu par un ciel criblé d’étoiles jusqu’à l’horizon. »
(Extrait de Entre Sahara et Atlantique, le Parc National du Banc d’Arguin ) Pierre Camprebon.

Amitiés

Sunday, December 14, 2003

Entre Océan et désert...

Je gare la voiture le long du souk N° 8 pour aller acheter quelques fournitures de bureau chez un commerçant libanais. A Nouakchott, les trottoirs sont faits de sable. Comme si le désert avançait, et d’ailleurs il avance. Seul les chemins de bitumes où circulent de gros 4x4 peuvent contrer ce linceul qui délicatement se dépose sur la nature humaine. Des maures – ethnie arabe du pays – se ruent à ma fenêtre pour me faire le change au noir ; des hommes aux tuniques bleues qu’ils remontent inlassablement sur leurs épaules comme les femmes repositionnent leurs voiles de couleurs sur les cheveux. C’est tellement différent un voile quand il est de couleur…
Cette ville à des allures de far west encore épargnée de la folie des grandeurs. Pas d’immeuble, pas d’enseigne sauf quelques néons jaunis par le soleil, le sable ou l’age peut être. Des coiffeurs barbiers, des boucheries halal où pendent à l’extérieur des carcasses de moutons, quelques cybercafés, des épiceries des vraies, des vendeurs de tout et de rien, une petite fourmilière mi arabe, mi noire africaine chantée cinq fois par jours du haut des minarets. De vieilles Renault 12 sans frein aux voitures de luxe des quelques familles riches du pays passent en trombe sans même effrayer les ânes conduits eux à coups de trique. Cette ville ressemble au chaos, je ne puis dire encore si il est organisé ou non. Ce qui est sure, c’est qu’on sent déjà les torpeurs accablantes qui écrasent plusieurs mois par an les mauritaniens et les autres, et ici aussi c’est l’hivers...
Nouakchott est à quelques encablures de l’océan atlantique. Quelques kilomètres que l’on parcoure entre décharges à ordures sauvages, nouveau quartier sociaux aux constructions grises, terrains vagues et no man’s land. Au bout de la route, il y a la plage. Spectacle africain par nature que celui des pêcheurs remontant les bateaux en fin d’après midi et les vidant de leurs prises impressionnantes. Des poissons de 30, 40 kilos voire parfois plus. Des dorades coryphènes, des thons blancs, des diops, des sardines, par milliers, par centaines de kilos. Quelques touristes immortalisent ces couleurs. Quelques toubabs locaux bronzent un peu plus loin sur la plage du même nom ou bien devant le seul hôtel distant de quelques dunes. Je passe ici en fin d’après midi, après le travail, souvent.
De la plage on aperçoit au loin en regardant vers l’est, les courbes des premières dunes de sable rouge. Pas les dunes immaculées que l’on peut trouver un peu plus au nord. Celles-ci sont recouvertes de buissons épars, d’une végétation anguleuse et piquante. Elles affichent déjà à elles seules, toute la puissance de ces paysages, l’union entre la beauté et la mort. Je me suis enfoncé ces derniers jours de plusieurs centaines de kilomètres sur la route dite de l’espoir qui relie Nouakchott à Bamako au Mali. Un lacet de bitume jonché de cadavres, animaux victimes de camions pressés mais aussi des sécheresses des derniers mois. J’y suis parti plus proche du petit prince et des réalités mécaniques des spectacles automobiles qui nous offrent par procuration des images lavées de la réalité. J’en reviens avec un étrange sentiment (et quelques désagréments aussi !) que Saint Exupéry n’est qu’une fable et le nomadisme une nature mais que seule l’union de cette pureté irréelle du conte et de cette réalité impure du désert est la vraie porte qu’il faut trouver pour y être...

Avec toutes mes pensées

Vince

Sunday, November 16, 2003

C'est différent , c'est pas pareil...!

C’est différent…c’est pas pareil…

Le long des routes, des silhouettes ; rendues floues dans l’air chauffé à blanc par un soleil de plomb, elles me remettent en mémoire l’habit de soie traditionnel vietnamien dont la légèreté au vent avait gommé les contours. La fluidité de formes indéfinissables. Elles ne sont pas les contours du corps mais peut être une expression de l’esprit de celui ou celle qui porte ces tuniques colorées. Qu’elles soient d’origine sénégalaise, version boubou qui découvre une épaule, ou bien la djellaba des musulmans, elles affichent toutes des couleurs recherchées au plus profond des symboliques de l’histoire humaine et des contraintes de la vie locale empruntes de chaleur, de désert.
J’essaie depuis quelques jours de pratiquer ce grand écart un tantinet rapide entre l’Asie du Sud Est et un de ces joyaux, le Vietnam, et ce pays un peu méconnu d’Afrique de l’Ouest, confluent des arabes et des noirs, des nomades et des sédentaires, des marins et des terriens, des mers salées et des mers de sables, la Mauritanie.
Mon retour à Paris vu bref et je ne suis pas encore sorti tout à fait du Vietnam et de l’intensité de ceux que j’ai pu y rencontré, encore si présent à mon esprit.
Pour ceux qui le souhaitent (merci de me prévenir dans le cas contraire), je vais reprendre aussi régulièrement que possible mes écrits qui n’ont pas la prétention de satisfaire à une correspondance plus personnelle mais qui je l’espère laisse planer au détours d’un mail un soupçon d’ailleurs. Et promis, j’essaierai à nouveau de vous répondre à chacun d’entre vous.

Me voici donc désormais vivant à Nouakchott, travaillant à nouveau pour la Croix Rouge en République Islamique de Mauritanie…

Amitiés à tous

Friday, August 15, 2003

Xin Chao, Cam on...

Salut mes amis

Voici la dernière missive qui clôture douze mois de présence au Vietnam. Je ne coucherai pas sur le papier des confidences impudiques et un bilan précoce de ce que fut ma vie ici. Encore au volant de ma moto locale, dans les rues enfumées par les barbecues, dans le chaos de la circulation, sous les pluies chaudes et drues des orages de la mousson, je ne crois pas que ce soit le moment de tirer quelque leçon que ce soit.

Je crois que tout de même que nous avons fait avec l’équipe du bon travail. Il m’a, en tout cas, donné l’envie de pousser plus loin, de continuer. Le travail humanitaire n’est pas sans écueils mais en est il un qui soit sans ? En tout cas je pars avec la certitude que cette dynamique doit se poursuivre.

J’imagine que nous aurons le temps de discuter de cela dans les prochains mois. Et la perspective heureuse de vous revoir n’est pas sans donner un coté positif et attrayant (le seul ?) à ce retour en France…

Si je n’avais de crainte que la lecture en soit laborieuse, j’aurais tant aimé remercier nominativement tous ceux qui ont fait de cette année une richesse d’échanges, de partage et j’espère de plaisirs réciproques. De la petite vendeuse de cafés installée sur le trottoir devant le bureau, aux vendeuses du marché Ben Than, de mes camarades de jeux, Phuong, Laurent, Yen, Ngoc, Thach, Maï Do, Xuan, Chloé, Sabine - et les autres - à tous les vietnamiens qui ont ensoleillé mes journées de leurs sourires naturels ; sans oublié ceux hélas déjà perdus de vue, ou que je n’ai su voir plus souvent, ni ceux qui ont eu l’occasion de mettre une pierre de plus à notre amitié en passant me voir ici.

A travers le Juda d’une information parcellaire, j’entrevoie un peu de ce qui va être un quotidien dans quelques temps, et vous comprendrez bien aisément que j’essaye de prendre ici les dernières mesures d’une ascension de plaisir.

Je vous embrasse tous et toutes et vous souhaite une bonne rentrée. Puisse au moins le genre humain faire qu’elle ne sois pas caniculaire !

Fin du douzième mois au Vietnam.

Saturday, August 02, 2003

Descriptions colorées et rimes d'Asie

La vie à bord du sampan (Y. Schultz)

Vie active des sampaniers. Toujours les muscles tendus comme des amarres et les doigts en travail ! En plus de la pêche, c’est l ‘écopage du bateau avec deux coquilles de limules liées par des nœuds de joncs ; le calfatage des joints est minutieusement fait avec de la résine ou de l’écorce d’arbre, en guise d’étoupe trop chère. Enfin, ils peignent mutuellement leurs longs cheveux, car beaucoup de pêcheurs portent encore le chignon et Tho est fier du sien.

Lien, seule femme à bord, a grande besogne chaque jour.

Certes un sampan est un bien petit domaine pour une ménagère mais la cuisson du riz est longue et difficile. Lien y excelle. Dés le matin, accroupie entre les deux roufs, dans un espace grand comme une palme ou tiennent le fourneau, la jarre d’eau douce et des caisses, Lien accroupie, active son feu avec un éventail. On ne dira pas d’elle comme de la plupart des jeunes mariées sans expérience, qu’en dépit d’une bonne marmite, la moitié du riz est crue et l’autre brûlée. Il faut aussi rôtir des espèces d’anchois entre deux lattes de bois de bô, faire sécher sur le toit des roufs des poissons plats et blanc qui, de loin, ont l’air d’un vol de mouettes posées.

On lui apprend à fabriquer de la lignette et de fines cordes de soie pour certaines lignes et, comme elle fait tout habilement, le vieux Thô (le vieux Thô est le beau père de Lien) déclare avec attendrissement « qu’elle a la main fleurie ».

Lien aux jolis doigts, jadis de pourpre et toujours un peu doré par les papiers votifs (avant son mariage, Lien habitait chez son oncle, fabricants d’objets votifs, et l’aidait dans son négoce), a maintenant les ongles bruns, car elle coupe souvent en morceaux une espèce de grosse citrouille rosâtre qui sert à teindre les filets en marron. Point lui soucie. A bord, tout l’intéresse. Cette existence maritime et aventureuse lui plaît.

Ly Dong Than (Mat Gioi)

Pacifique chercheur des subtils problèmes,
Ly Dong Than est assis au seuil de sa maison,
Dans les senteurs de l’air, parmi les chrysanthèmes,
Qu’à son toit le soleil pend en toute saison.

Son esprit connaît, des négateurs extrêmes,
Ni l’orgueilleux plaisir, ni le mortel poison,
Le livre où Laotseu parle de la raison
Lui tient lieu de vertu, de règles et de systèmes.

Il aime seulement son jardin parfumé

Où le cache au regard un rideau de platanes.
Il connaît le silence ; il sait que les arcanes
Veulent la solitude ; et quand il a fumé,

Fier d’être sans désir, heureux d’être sans gloire,
Sa main à l’ongle long, du geste accoutumé,
Prend la tasse de jade, ou le pinceau d’ivoire.

*************

Fin du onzième mois au Vietnam et début de l’avant dernier….

Bonnes vacances et je vous embrasse.

Sunday, April 27, 2003

Ballade du dimanche....

Le Fuy Chang II est ancré dans l’anse de Tham Moeui (littéralement le voyage nouveau), dernier coude de la rivière avant d’apercevoir les grattes ciels du centre d’Ho Chi Minh. Je n’arrive pas bien à savoir quelle est la couche de peinture la plus récente sur sa coque. La rouille, sans doute. Je ne sais pas depuis quand il est à l’ancre a coté du Southern Star sur lequel, par contre, s’affère une armée de dockers en sueur, qui un a un monte les sacs de 80 kilos de riz sur le pont. A la lecture des inscriptions sur les sacs jaunis et déjà usés, j’imagine que celui ci va larguer les amarres vers un port de la corne d’Afrique de l’est ou de l’ouest.

Le port de Saigon se situe à une trentaine de mille de la mer et il faut remonter la rivière du même nom afin d’y faire escale. Cette navigation sinueuse que l’on peut faire sur ces vieux ferries russes à hydrofoil entre les plantations, les mangroves, a un goût d’extrême. On y croise des sampans filant à vivre allure, des navires de commerce venus charger ou décharger leurs cargaisons, des masses végétales flottant entre deux eaux, souvent des rhizomes de nénuphars arrachés des berges par le courant des marées. Grenouilles, grues cendrées, ragondins, rats et mouettes y rythment la vie animale.

L’anse de Tham Moeui est une forêt de grues rouillées, de vieilles amarres et de vieux câbles abandonnés, de navires usés qui ne peuvent plus que naviguer dans des eaux dont la règle unique est qu’il n’y en a pas, de règle. Une fumée épaisse et le sifflement d’une corne annonce le départ d’un de ses voyageurs des mers chaudes. Les bouts encore fait de chanvre pour certains sont usés, les grues en panne, les noms effacés des coques, les ports d’attache oubliés à la poupe. Les marins à bord n’ont pas l’air d’être dans un meilleur état. La peau brûlée par le soleil, les tee-shirts aux inscriptions variées et hétéroclites tachés de sueur et d’huile de moteur, de crasse et de poussière, les yeux bleus et l’expression invariablement souriante cependant. Les langues que l’on parle ici sont encore plus nombreuses que les pavillons qui flottent au dessus des cheminées fumantes.

Les barges en bois à la proue décorée se regroupent, à bâbord et tribord, pour y être vidées de leur cargaison du riz du Delta du Mékong. Les moteurs des sampans pétaradent. Le port devient un marché flottant au gré des arrivées et départs des navires. L’une des rives, du coté des hangars, regroupe les quais et le centre de Saigon. L’autre rive en face sur laquelle je me trouve oscille entre bidon ville et désorganisation. On y accède en prenant un petit ferry rond. J’y suis assis sur ma moto, la chaleur est pesante et humide, les effluves presque poisseuses. Une fourmilière de vietnamiens s’affèrent bruyamment à leur tache, cuisine, réparation, soudure. D’autres regardent les premiers, buvant un café froid, fumant cigarettes sur cigarettes, l’oisiveté pour seule occupation.

L’anse de Tham Moeui en plus d’être un refuge pour bateaux en fin de vie est sans doute l’un des plus grands bordels de Saigon. Quel vision que de voir au milieu de cette cohue toutes ses femmes maquillées, proprettes et souriantes, assises attendant presque patiemment un marin indien, philippin, chinois ou russe qui viendra l’espace de quelques heures ou quelques minutes s’égarer dans les bas fonds d’une ville d’orient. Il n’y a qu’à Amsterdam que les marins chantent encore Monsieur Brel car ici, les bars rivalisent sur la puissance des décibels qui crachent les classiques du rock local ou de la musique fleur bleue vietnamienne.

Ce soir, dans ma petite ruelle, le son d’un piano s’envole d’une fenêtre entrouverte.

Je pense à Michel parti cette semaine sur la frontière Irako koweïtienne et à Chloé avalée hier par le turnover des expatriés auxquels on s’attache…

Je pense très fort à vous tous et vous embrasse.

Fin de ce huitième mois au Vietnam.

Tuesday, March 04, 2003

Du petit étang au petit sillon..

Les contrastes, le retour !

Ne compter pas sur moi, à l’occasion de cette missive mensuelle qui vous est désormais familière, pour vous contraindre à la lecture d’une énième lettre à Monsieur Bush ou à Saddam, de vous saper le moral au moyen d’une analyse de la situation Onusienne, d’un inventaire des playmobiles de Kim Jung Hill, ou de faire cyniquement le constat de l’ultime acuité des analyses de nos politiciens ou des foules de par le monde.
Je dois dire que je ne m’attendais pas à ressentir, sans une once une culpabilité, ce doux sentiment que plus je vieillis et moins j’ai de certitudes et fini même par me demander si ces certitudes ont été remplacées par un soupçon de sérénité - à défaut de sagesse - ou par un cynisme opportun!
Je n’ai hélas pas, et le regrette vous vous en doutez, des talents de guignols, de fanfarons de troubadours (ni même l’âne qui va avec) pour colporter un peu de légèreté instantanée, et vous coller si besoin est des sourires béas.
Alors, comme j’imagine chacun d’entre nous, j’essaie de tracer un sillon pour m’y glisser et faire en sorte qu’il en sorte un peu de positivisme malgré tout. Je ne crois pas qu’il faille culpabiliser à se protéger autant que faire ce peut des atteintes sur soi qu’engendrent ces évènements. Alors laissons certains creuser des tranchées, espérer que d’autres puissent s’y réfugier et creusons chacun notre petit sillon.
J’ai donc commencé mon hibernation de cet hiver planétaire qui pour une fois semble ne pas prendre les couleurs et les douceurs habituelles des saisons occidentales.
Et là encore, il fait plutôt bon sous les latitudes sous lesquelles je vis. J’ai commencé par mettre un peu de ciel bleu et de vert de rizières dans mes journées. Imaginez… Sur une petite moto, circulant tant bien que mal sur de petits chemins de terre entre deux rizières, offrant une palette de verts dans tous ses états, dans lesquelles pataugent quelques femmes protégées du soleil par leur chapeau conique, sous le regard assez indescriptible de quelques buffles noirs, au fond les montagnes du Cambodge affleurant au loin. De là, je n’ai entraperçu l’ombre d’un conflit, d’une épidémie de pneumonie, d’une tension. Tout n’y est que tradition, lenteur, douceur et sourire.
J’y est presque l’impression en y portant ma Croix (la rouge bien sur) que l’on me souriait de l’air de dire : tu t’es perdu petit scarabée, quand le grand serpent en colère crache du feu, tu te dois d’en sentir la chaleur !

Et au détour d’une lecture, je trouve :

« Mais d’abord, qu’est ce que l’Orient ? En principe, une simple expression géographique ; en fait une conception brutale qui scinde l’humanité en deux tronçons, et qui remplace à ce titre la vieille notion hellénique des Barbares. Elle exprime, dans sa rudesse symbolique, l’orgueil satisfait de l’Occident en présence d’un monde entier qu’il englobe dans le même mépris » Sylvain Lévi, 1911.

Fin du 7éme mois au Vietnam. Ici, tout va toujours très bien et j’aime toujours à me rapprocher de cet Orient.

Je vous embrasse

Vincent

Sunday, March 02, 2003

l'humble étang

« Dao-sheng, viens t’asseoir par ici, et parlons un peu. Il est vrai que nous avons rarement eu l’occasion de parler ; mais il semble que dans la précipitation rien d’essentiel n’a été touché. Il y a tant de choses qui restent à dire. Cette vie y suffira-t-elle ? Parlons calmement et lentement, c’est cela. Nous avons attendu si longtemps, nous connaissons la vertu de la patience, n’est ce pas ? Laissons d’abord le vent printanier qui a l’habitude de résorber la pluie sécher nos larmes.
Laissons ensuite le soleil d’été qui fait s’épanouir, réchauffer nos rêves, gelés dans la nuit de l’attente. Sais tu que les vrais trésors sont délicats et cachés, et que le cœur d’une femme est riche et profond comme un jardin ? Pour atteindre la vraie profondeur, il faut suivre des sentiers pleins de méandres ; il faut longer les bosquets riches de secrets. Il y a encore, par-delà les feuillages, l’humble étang, avec des libellules qui l’effleurent, des feuilles de lotus qui l’abritent. Sauras-tu t’asseoir auprès de cet étang, prêter l’oreille à ce qui y murmure, prêter le cœur à ce qui y palpite. Les pétales de fleurs gorgées de rosée, y éclosent en un geste d’accueil ; trop ouverts, ils prennent le risque de se détacher, de se faner. Sauras-tu alors y capter non seulement la beauté qui se montre en surface, mais qui jaillit de la racine, le désir qui ne tarit jamais ? Et puis surtout il y a l’eau transparente qui, apparemment, est peu de chose mais qui contient tout un autre ciel. La lune s’y mire toujours pareille, toujours nouvelle ; les nuages s’y déploient, à l’infini…

François Cheng
L’éternité n’est pas de trop – Editions Albin Michel

J’en entends déjà certains au rictus narquois qui vont me dire que je suis allé effleurer de plus prêt le triangle d’or que la surface du petit étang… ! Je me demande parfois si au delà des quelques problèmes auxquels je dois faire face et des méandres qui donnent quelques reliefs à mon parcours au Vietnam, je ne suis pas en train d’effleurer au détour de quelques ruelles ou allées de Ben Thanh Market, l’immense plaisir d’être un petit peu admis dans cette communauté. De Phan, la petite vendeuse de fruits au coin de la rue qui ne manque pas de me saluer matin et soir d’un geste amical, à Phuong, et son magasin de meubles, Hai et ses journaux qui volent à chaque passage de voiture, Hoa qui distribue les tickets de parking pour les mobylettes au club sportif de la jeunesse, Tam qui tentent en vain de faire vibrer la corde du sentimentalisme de quelques expatriés ventripotents leur proposant d’offrir des roses à leurs compagnes d’un soir, Xuan qui supporte patiemment mes tirades sur l’état de ce monde. Petite galerie de portrait que j’aimerai tant pouvoir partager. Comme je l’ai fait avec ceux qui m’ont rempli de joie en poussant leur parcours jusqu’ici et avec tous ceux avec qui nous aurons l’occasion de s’asseoir au bord de l’humble étang…

Et à ceux qui pensent que mon voisin est un raffineur de pavot, je vais leur concéder que j’y ai en effet bien trouvé une technique de relaxation mais au regret de les décevoir, il ne s’agit que de quelques pressions sur des points d’acuponcture, qu’on appelle aussi Shiatsu.

Votre Balloon favori en tout cas a re-signé non sans plaisir. Il fait bon vivre ici, les programmes avancent bien, utiles je crois. J’espère que la vie vous est douce et que malgré certains méandres, d’aucuns n’oublieront pas l’humble petit étang.

Fin de mon sixième mois au Vietnam.

Je vous embrasse
Vince

PS : Mea culpa pour quelques oublis d’anniversaires et témoignages d’autres grandes réjouissances de vos vies, ils ne sont pas sans pensées chaleureuses.

Thursday, February 06, 2003

Histoire de limules

Jadis, vivait un couple de pauvres pêcheurs. Un jour, le mari partit au large avec ses compagnons. Par malheur, un terrible typhon se leva au moment où les hommes jetèrent leur filet. Personne n'échappa à la catastrophe. La mauvaise nouvelle arriva au village : toutes les familles de pêcheurs en furent cruellement touchées. Les pleurs gagnaient tous les foyers. Quant à la femme, elle ressentit une douleur particulièrement vive. Comme une folle, elle quitta la maison espérant retrouver son mari. Longeant la côte, elle marchait, marchait toujours. Deux jours plus tard, elle arriva devant une haute montagne. Elle l'escalada, puis épuisée, elle s'endormit au pied d'un arbre.

Tout à coup, éclata un bruit assourdissant qui réveilla la femme en sursaut. Elle vit, debout devant elle, un vieillard blanc de cheveux et de barbe qui lui demanda : « qui est tu donc ? Comment oses-tu coucher devant ma demeure ? » La femme répondit en pleurant « je suis à la recherche de mon mari. Je vous prie de me donner de ses nouvelles, car je désespère de le retrouver. » Le vieillard poursuivit : « je suis le Génie des arbres. Ta fidélité envers ton mari me touche. Sache que ton mari est encore vivant, il se traîne sur une île. » Il tendit ensuite à la femme une perle et lui dit : « mets cette perle dans ta bouche et tu pourras voler par dessus la mer pour rejoindre ton mari. Mais n'oublie pas de fermer la bouche et les yeux, car si tu laissais échapper la perle, ta vie serait en danger ! »
Après ces recommandations, le vieillard disparut. La femme mit la perle dans sa bouche et ferma les yeux. Immédiatement, le vent se leva. Elle se sentit légère et entendit le vent souffler à ces oreilles. Quelques instants plus tard, elle sentit ses pieds toucher le sol. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle se trouvait déjà sur la grève et le vent s'était apaisé. Elle fut heureuse de retrouver son mari accroupi non loin de là. Les deux époux causèrent tendrement, puis parlèrent de retour au village.
Pour retraverser la mer, l'homme tenait sa femme par la taille. La femme était tellement heureuse qu'elle oublia les recommandations du génie et avec la perle dans la bouche elle continua à bavarder. Subitement, la perle jaillit de sa bouche et la femme eut seulement le temps de pousser un cri. Les deux époux furent précipités dans la mer. Ils se changèrent ensuite en limules.
Aujourd'hui, les limules nagent souvent par couples, le mâle tenant toujours la femelle par la taille, comme le fit jadis l'homme, quand il vola par dessus la mer avec sa femme.
De nos jours, on a gardé de cette légende le dicton suivant : « s'aimer comme les limules ».
Nguyen Dong Chi

Vu d'ici, comme très certainement d?ailleurs, la petite planète a été fort bruyante, ces derniers temps. Qu'ils soient instituteurs, ou cheminots, fonctionnaires ou salariés du secteur automobile, les cris ont à nouveau déchirés le doux ronron de nos cités, comme si l?hiver arrivant cela pouvait réchauffer les âmes. Qu?ils soient sidéens ou bien affamés, leurs silences ont eux aussi déchiré les douces comptines de Noël qui arrivent encore et toujours. Qu'ils soient de Galice, ou du Kenya, de Moscou ou de Coté d'Ivoire, ont aurait tant aimé que ces cris n'existent pas. Alors, pour fêter la fin de ce troisième mois au Vietnam marqué par quelques visites monastiques, je me suis dit qu'un peu de silence, de vent et de fluidité seraient les bienvenus. Silence d'un transport sans souffle, ni rythmique, sans fatigue ni mouvement, juste un peu d'imagination. Silence des limules qui hélas disparaissent lentement, sans cris, en silence? 

Ps : Merci encore à tous pour vos petites missives et vos petits colis. C'est juste génial.

Amitiés et grosse bise à toutes et tous
Vinh' Balloon